Lancement de MAVISE
Le 9 avril 2008, la Commission européenne (DG Communication) et l’Observatoire européen de l’audiovisuel lanceront, dans le cadre du MIP-TV, la version publique d’une nouvelle base de données TV, MAVISE, qui a pour vocation de fournir les données de base sur l’ensemble des chaînes de télévision accessibles dans l’Union européenne et les deux pays candidats (Croatie et Turquie). La base sera accessible gratuitement à partir du 9 avril 2008 à l’adresse http://mavise.obs.coe.int et sera également accessible via le site Europa , le portail du service Audiovisuel de la Commission.
Un nouvel outil pour les professionnels
« La Commission européenne avait besoin d’un outil lui permettant de comprendre l’univers télévisuel dans toute sa complexité », déclare Thierry Vissol, Conseiller à la DG Communication de la Commission européenne. « L’Observatoire européen de l’audiovisuel a développé pour nous une base qui tient compte de cette complexité. La version publique de la base MAVISE telle que nous la présentons aujourd’hui ne contient qu’une partie des informations collectées par l’Observatoire. Pour des questions de droit de propriété intellectuelle, il n’était pas possible de mettre gratuitement à la disposition du public les informations relatives aux audiences et à la situation financière des entreprises ».
« Le projet MAVISE, qui s’étend sur une période de cinq ans, fournit à l’Observatoire la possibilité de renforcer sa compétence et ses services dans le domaine de la télévision » explique Wolfgang Closs, Directeur exécutif de l’Observatoire européen de l’audiovisuel. « Il s’agit avant tout d’un projet s’inscrivant dans un contrat de service pour la Commission européenne, mais nous sommes heureux qu’il débouche également sur un service complémentaire, dont nous espérons qu’il sera utile aux professionnels et même au grand public ».
« MAVISE contient déjà les principales informations concernant plus de 2 500 sociétés, plus de 2 700 chaînes de télévision et les listes de programmation de plus d’une centaine de distributeurs », explique André Lange, responsable de département à l’Observatoire. « L’objectif est, d’ici la fin de l’année, de recenser les quelque 6 000 à 7 000 chaînes existant en Europe. Dans son état actuel, la base est loin d’être complète, mais les chaînes les plus significatives en termes d’audience et les principales chaînes thématiques sont déjà incluses et la base peut déjà rendre de grands services ».
Parmi les fournisseurs de données pour la base MAVISE on compte Eurodata TV Worldwide, le Bureau van Dijk Electronic Publishing et Lyngemark. La base a été développée par la société Easter-eggs. L’assistance à maîtrise d’ouvrage a été assurée par Altran.
Le contenu de la base
Pour chaque pays, la base MAVISE contient :
une description générale du paysage télévisuel et un répertoire des sources d’information,
l’identification des instances accordant des licences aux chaînes de télévision ou établissant des registres des chaînes existantes,
des données de base sur la population, le nombre de foyers TV et le taux d’équipement en télévision numérique,
la liste des chaînes établies dans le pays,
la liste des chaînes reçues dans le pays,
et la liste des opérateurs (diffuseurs, fournisseurs de bouquets) et des entreprises de diffusion technique (diffusion terrestre analogique ou numérique, câblo-opérateurs, opérateurs satellites, fournisseurs de services IPTV ou de télévision vers les mobiles).
Pour chaque entreprise de diffusion, la base contient :
les coordonnées,
l’adresse du site,
l’identification du groupe de communication auquel appartient l’entreprise
et la liste des chaînes diffusées.
Pour chaque chaîne de télévision sont proposés :
l’identification de l’entreprise éditrice,
le concept et le genre de la chaîne,
le type de public visé,
les pays visés par la chaîne,
le nombre d’heures diffusées,
les modalités d’accès (gratuit, payant),
l’existence éventuelle de version haute définition,
les différentes versions linguistiques existantes,
l’existence éventuelle de services pour les personnes handicapées,
l’existence éventuelle de services de webcasting et de service de rattrapage (catch-up),
les sites de la chaîne (site général, régie publicitaire,…),
pour les télévisions locales et régionales, la région visée,
le type de licence et, lorsque disponible, la date de début et de fin de la licence,
dans chaque pays où la chaîne est diffusée, l’identification des principaux distributeurs techniques proposant la chaîne (opérateurs de réseaux analogiques et numériques terrestres, câblopérateurs, opérateurs IPTV, opérateurs de service de télévision vers les mobiles), l’identification du ou des satellites sur lesquels la chaîne est diffusée,
les bouquets de chaîne dans lesquels la chaîne est reprise
et la pénétration technique (nombre de foyers TV susceptibles de recevoir la chaîne).
Pour les opérateurs de bouquets de chaînes et les principaux distributeurs, la base détaille également la liste des chaînes diffusées.
La base est dotée d’outils de recherche avancée, permettant par exemple d’identifier les chaînes d’un genre donné dans un pays donné ou les chaînes visant des catégories spécifiques de la population.
Lire le communiqué de presse sur le site de l’Observatoire européen de l’audiovisuel
Easter-eggs : Entreprise libre ? - EcoRev’ N°28
La revue EcoRev’ a consacré son n°28 au thème Repenser le travail avec André Gorz. Ce numéro aborde des sujets tels que « Le travail dans la sortie du capitalisme », « Indicateurs de richesse et valeur travail : "faire plus" est-il toujours mieux ? » ou encore « La personne devient une entreprise ». Par ailleurs, c’est un numéro qui revêt également un caractère particulier, du fait du décès d’André Gorz, qui était le parrain d’EcoRev’.
Parmi les articles de ce numéro consacré au travail, on trouve un entretien avec les salariés de Easter-eggs, concernant le réseau Libre-Entreprise.
Easter-eggs : Entreprise libre ? Entretien avec le collectif Easter-eggs
Dans un contexte propice à la mise en oeuvre de l’« éthique hacker » - telle que définie par le philosope Pekka Himanen - comme modèle social pour l’ère de l’information, les membres d’Easter-eggs, entreprise de services spécialiste GNU/Linux, répondent ici collectivement à nos questions. Créée en 1997, Easter-eggs est l’une des plus anciennes Sociétés de Service en Logiciels libres (SSLL). Elle compte actuellement une quinzaine de salariés, qu’elle rémunère sans aucun endettement ni investissement extérieur depuis sa création. L’association des salariés d’Easter-Eggs détient entièrement son capital et permet à ses salariés de la contrôler. Même si le projet n’est pas explicitement présenté comme tel par le collectif, il nous apparaît pourtant qu’il porte en germe le dépassement possible de l’« éthique protestante », jadis décrite par le sociologue Max Weber comme le système de pensée ayant favorisé l’essor du capitalisme (Weber Max, L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme, 1905).
« La logique du réseau et de l’ordinateur nous empêche de nous préoccuper des autres alors que c’est la base de tout comportement éthique. Nous avons besoin d’autres exemples identiques à ceux lancés par certains hackers. Car il ne faut rien attendre des entreprises et des gouvernements en la matière. Historiquement, ils n’ont jamais été à l’origine de nouveaux comportements éthiques. Les changements fondamentaux sont toujours venus d’individus qui prétaient attention aux autres. » Pekka Himanen (Himanen Pekka, L’Ethique hacker et l’esprit de l’ère de l’information, Exils éditeur, 2001, p.132)
EcoRev’ - Easter-eggs, votre entreprise, fait partie du réseau Libre-entreprise dont la charte consultable en ligne pose les grandes lignes d’un projet de société qui contraste fortement avec l’idéologie capitaliste actuelle. Dans quel contexte et dans quel objectif avez-vous rédigé cette charte ?
Easter-eggs - La charte a été rédigée, sur un mode participatif, par tous les membres du réseau désireux de prendre part à sa rédaction. C’est initialement une des sociétés du réseau, « Les Développements Durables », qui s’est chargée de coordonner ce travail. Aujourd’hui elle est n’est pas gravée dans le marbre, elle est susceptible d’évoluer avec les membres du réseau. Par ailleurs, le réseau préexistait à la charte. Il s’est construit autour des valeurs qu’elle véhicule mais avant que celles-ci ne soient formalisées. Elle est peut-être en rupture avec l’idéologie capitaliste mais elle n’a pas de vocation idéologique. Elle pose simplement les principes nous semblant fondamentaux pour travailler dans une structure commune, différemment de ce qui se fait habituellement, de façon moins aliénante. Pour certains elle sera néanmoins idéologique, mais dans tous les cas, pragmatique pour tout le monde.
Comment vous organisez-vous concrètement pour la mettre en pratique ?
Décisions prises presque systématiquement par consensus explicite ou implicite , le recours au vote étant l’exception. Aucune hiérarchie établie entre les différents salariés (qui gagnent tous la même chose). Il serait illusoire de penser qu’il n’existe aucun rapport de domination à aucun moment dans la relation entre collègues, ou que chacun fait toujours uniquement ce qui lui plaît.
Mais ces rapports de domination sont fluctuants, peuvent s’inverser d’un chantier à l’autre. Ce qui est essentiel c’est que chacun sente d’une part qu’il influe sur les destinées de l’entreprise, d’autre part, que la part de contraintes dans les tâches allouées soit aussi minime que possible.
Nous attachons aussi de l’importance à l’indépendance en matière de gestion du temps. Il y a beaucoup de télétravail dans les entreprises, les seules contraintes horaires étant liées aux clients et projets sur lesquels nous travaillons. Cela suppose capacité d’organisation et flexibilité, mais permet une certaine indépendance.
Dans la présentation du réseau Libre-entreprise, vous décrivez notamment l’entreprise comme « un groupe auto-géré d’individus qui lient leur sort au sein d’une structure à taille humaine pour améliorer la liberté de chacun à choisir sa façon de vivre et [pour] se libérer de la soumission au travail ». Dans quelle mesure cela correspond-t-il déjà à une réalité pour vous ? Pensez-vous possible de réaliser cet objectif sans une action politique plus globale ?
Notre travail au quotidien est fait de contraintes, plus ou moins fortes, liées essentiellement aux projets et aux clients à qui nous devons rendre des comptes. La différence fondamentale est que nous subissons des contraintes que nous avons choisies et que nous gérons dans notre intêret et celui du groupe. Le stress qui en résulte est plus facile à gérer.
Pas besoin d’un projet global ou d’une action politique pour cela (cela ne signifie pas qu’un projet global soit inutile, il n’est juste pas indispensable ici).
Comment gérez-vous votre rapport aux autres entreprises, notamment celles qui n’adhèrent pas à votre charte ?
Une des difficultés avec des personnes extérieures (et parfois même des personnes du réseau), et pas seulement dans un rapport professionnel avec une autre entreprise, est le regard parfois gênant de ces personnes qui veulent appliquer une vision hiérarchique à nos relations intra-entreprises, alors que nous nous efforçons toujours de les minimiser. Car il est évidemment toujours plus facile d’appliquer aux autres un modèle qu’on connaît plutôt que de s’efforcer de comprendre exactement comment les autres fonctionnent réellement.
Par ailleurs, ce qui est amusant quand on parle de ce modèle à des personnes qui ne connaissent par le réseau Libre-entreprise, c’est la première réaction qui est toujours la même : « Ah, je ne pensais pas que ça existait ».
Quelles difficultés rencontrez vous en termes législatifs et juridiques ? Et en terme d’organisation ? Que faudrait-il changer pour favoriser votre façon de concevoir l’entreprise ?
Comme toutes les entreprises, nous tentons d’exploiter au mieux les règles de droits qui l’organisent (commercial, fiscal et social) sauf que cette exploitation se fait sous deux angles a priori opposés : celle du chef d’entreprise et celle du salarié.
Nous cherchons donc toujours à trouver la limite qui favorise le salarié sans léser et fragiliser, l’entreprise. Nous concevons l’entreprise comme un berceau légal dans lequel nous réinterprétons tous les codes de l’entreprise. en vigueur habituellement. De l’extèrieur, cela peut-être parfaitement invisible et dans certaines situations, il peut être préférable de donner au client l’image qu’il attend de l’entreprise.
Mais en interne, nous nous considérons tous comme des rouages essentiels du moteur de l’entreprise. La capacité à être acteur et non consommateur n’est pas lié à la promesse d’une meilleure prime à la fin de l’année mais au réel sentiment que nous avons de contrôler notre outil de travail. La prime de fin d’année devient une simple conséquence.
Et nul besoin d’avoir « l’âme d’un entrepreneur » pour devenir acteur. Quand on entre dans une société comme Easter-eggs, on ne prend pas conscience immédiatement que l’entreprise n’est qu’un berceau legal. En conséquence, le gérant, en tant que responsable ou « les anciens » sont souvent considérés comme les dirigeants.
La déstructuration des codes de l’entreprise se fait dans la durée. Le salarié entre doucement dans la peau de « l ’entrepreneur ». Cela se fait plus ou moins vite et dépend de sa personnalité, mais chacun finit par ressentir qu’il est dans son entreprise et que ses actes en impactent directement la marche. L’égalité des salaires est une preuve tangible de cette réalité pas toujours immédiatement perçue.
Une difficulté réelle est la nécessité légale d’avoir un gérant qui porte toutes les responsabilités juridiques, alors que la responsabilité juridique comme le reste, devrait être pleinement partagée entre tous les salariés. C’est en cela que la législation pourrait évoluer. Nous n’avons toujours pas trouvé de statut d’entreprise qui nous permette d’appliquer cela. Un remède partiel que nous avons pour cela est la possible rotation du gérant élu chaque année, qui permet que chacun porte ces responsabilités à son tour. Mais ici entre en jeu la taille de l’entreprise : faire tourner une gérance à quatre ou cinq, rien d’impossible, à quinze, tout est différent. Il y a un groupe à gérer et la nécessité d’un arbitre s’impose. Quelqu’un qui va trancher quand une situation se bloque et quand une réaction rapide est attendue. Quelqu’un qui va synthétiser la vision commune de tous pour éviter de consulter à tout va pour le fonctionnement au quotidien. Un arbitre élu et contrôlé et donc accepté. Que cette personne ait la responsabilité légale de l’entreprise sur les épaules n’est donc finalement pas forcément injustifié.
Dans quelle mesure avez-vous conscience du fait que votre forme d’organisation participe d’une sortie potentielle du capitalisme ?
Nous espérons qu’il y a une vraie dimension subversive dans ce que nous avons mis en place. Ce qui est certain c’est que notre forme d’organisation est une sortie potentielle du postulat qui veut qu’une entreprise soit nécessairement capitalistique et hiérarchique. Mais nous appartenons au monde capitaliste. Nous avons commes les entreprises classiques, des clients, des soucis de rentabilité, etc. La différence est dans le fait qu’une entreprise classique est amorale, ne se souciant que de rentabilité. Pour nous le souci de rentabilité est inféodé - le plus souvent -, à un système de valeurs.
Certains salariés rejettent explicitement le système libéral et mettent en oeuvre, en dehors de l’entreprise, un ensemble de stratégies visant à le combattre. Ce n’est pas véritablement l’objet du réseau qui, lui, vise simplement à mettre en évidence l’existence de formes de travail alternatives. Si cela sape le capitalisme et bien tant pis.
Propos recueillis par Emmanuel Dessendier